MUCC leur nouvel album

Très attendu après les deux albums en demi-teinte qu’ont été SHION en 2008 et Kyuutai en 2009, Karma, nouvel opus de MUCC sortie le 6 octobre, est destiné à créer autant d’émules que ces prédécesseurs. Résolument électro comme le laissait présager les trois derniers singles du groupe (l’excellente Freesia, Yakusoku et Falling Down), après la première écoute un seul mot nous vient à l’esprit : déroutant. Plus qu’une déroute péjorative, je serais tout à fait tentée de dire que l’innovation amorcée par MUCC depuis quelques années est plus que jamais présente dans les compositions de Karma.

Le ton est donné dès les premières notes de Chemical Parade. Piste entièrement instrumentale composée uniquement de sonorités électro, il y a de quoi frémir… L’appréhension que j’avais quant à la tournure de cet album me revient en pleine face et c’est quelque peu dépitée par cette intro digne de la variété internationale actuelle que tous mes espoirs s’effondrent. Ce n’est pas la chanson suivante qui me ferra changer d’avis. Falling down, troisième et dernier single en date du groupe que nous avons pu découvrir en septembre dernier bénéficie ici d’une nouvelle version dite « Organic ». Finalement, cette version m’enchante plus que la version single. Les effets de voix dignes d’un titre des Black Eyed Peas omniprésents sur la version single du titre sont assez atténués pour rendre le chant de Tatsurou plus digeste. Une chanson entraînante, popeuse, dans la lignée de FUZZ qui marquera certainement les esprits mais certainement pas positivement. MUCC bascule définitivement dans de l’électro cheap qui a pour seul avantage d’être efficace pour donner envie de bouger notamment grâce à la ligne de guitare de Miya.

Passons donc à la première nouveauté de cet album : Zeroshiki. Pas vraiment de quoi rehausser le niveau pour le moment. Les effets électroniques sont encore plus présents que sur la piste précédente et gâche son côté qui s’avère tout de même plus rock, plus MUCC. Chanson courte qui passe finalement assez inaperçue. Chemical Parade Bluesday débute de la manière la plus désagréable qui soit. Tatsurou chante avec encore une fois un effet de voix désagréable sur un beat r’n’b du plus mauvais goût. Au fil de la chanson, l’effet disparaît et nous laisse enfin profiter de la batterie de SATOchi, de la basse de YUKKE et de la guitare de Miya mais seulement pour les ponts et refrains. Les couplets sont tous dans la même veine, décevants. Mini miracle avec l’apparition d’un solo de Miya malheureusement trop court pour pouvoir donner un intérêt quelconque à cette chanson.

Première bonne surprise de cet album avec A.. Ceux qui connaissent bien le groupe retrouveront dès les premières notes leur son propre d’autrefois mais, malheureusement non appliqué pour une composition bourrine à l’ancienne. A. est une chanson calme dans la veine d’Ame no Orchestra avec le côté torturé en moins mais elle n’en reste pas moins agréable. On profitera surtout d’un son dénué d’effets inutiles et du plaisir de constater que MUCC sait encore jouer… du MUCC ! Malheureusement le calme est de courte de durée… I am Computer reprend les mêmes ingrédients, en plus doux, voire même trop doux offrant une chanson sans relief, sans atouts particuliers. Enfin, un petit interlude instrumental dans la même veine que Chemical Parade, Gou se révèle bénéfique pour créer une cassure entre les deux parties de Karma.

Nous quittons enfin le dancefloor si je puis dire, pour entrer dans l’ambiance feutrée d’un piano bar. Daraku sera étonnante de bout en bout. Composition jazzy au plus haut point ponctuée par une ligne de piano et très certainement du violoncelle de YUKKE, elle détonne, dépayse, bref elle soulage. Mais le plus étonnant reste que la chanson est… toute en anglais ! Le moins que le puisse dire c’est que Tatsurou n’a pas à rougir de sa prestation : l’accent est honorable, on comprend avec facilité ce qu’il chante… Pari réussi ! En somme, un titre rafraichissant à consommer sans modération. Suit Circus, un peu dans la même veine que Daraku, le piano cette fois remplacé par des trompettes pour rendre le côté jazzy plus rythmé. La mélodie est très agréable, ça se laisse écouter mais je déplore encore et toujours ce manque de grosses guitares.

Avec Polaris, on change encore une fois d’ambiance, on se croirait tout droit plongé dans un film de Miyazaki ! Mais c’est encore une fois sur ce type de compo que l’on retrouve MUCC. Qui l’aurait cru ?! Le mélange symphonique/guitare est des plus réussi et rend cette chanson attachante. Décidément, cette seconde partie d’album est plutôt bien partie. L’apothéose arrive enfin ! Le groupe retrouve un élan de testostérone et nous balance Lion, enfin le titre endiablé attendu avec impatience. Tatsurou reprend ces habitudes de voix claire/growl pour notre plus grand plaisir. Une composition sonnant « américaine » comme j’aime à le dire mais ici ce n’est pas du tout un mauvais point. On sent tout à fait l’influence que le groupe a reçu des autres groupes lors de leur participation au Taste of Chaos y’a deux ans mais au moins ça leur permet de garder un pied dans le « vrai rock ». Miya utilise enfin sa guitare à bon escient, parfait de bout en bout. Le titre fait du bien même s’il laissera un goût de trop peu puisqu’il sera le seul à réellement décoller les tympans.

Nous arrivons au trio de fin avec une seule nouveauté, qui tient la place de ballade de l’album, Hane. On ne me referra pas, j’aime définitivement les ballades du groupe. Le piano fait son retour sur cette composition ainsi qu’une guitare acoustique du plus bel effet. Elle tient la route et a tout à fait sa place dans Karma, après tout chaque album de MUCC possède sa ballade. Karma se termine donc sur les deux premiers singles extraits. Yakusoku, chanson destinée à un opening theme d’anime, est finalement bien agréable, je retire donc tout le mal que j’ai pu penser d’elle ! Elle soulage également dans ce foulli électro et elle est finalement plus associable au groupe que toutes les chansons de la première partie de l’album ! Une délivrance ! Enfin, quoi de mieux pour terminer cet album en beauté que la délicieuse Freesia. Elle bénéficie ici d’une version exclusive à l’album, plus longue, nous offrant donc le solo de fin de Miya dans son intégralité. Ici, les sonorités électro et autres effets de voix sont utilisés à bonne escient, j’aurai aimé dans l’absolu que le groupe puisse composer des chansons aussi bien dosée que celle-ci pour tout l’album, c’était mon espérance ultime.

Comme je le disais donc au tout début de cette chronique, le groupe a définitivement passé un cap et a envie de nouveautés. Il faut tout de même avouer que le virage a été amorcé depuis SHION donc ce n’est pas une réelle surprise. Néanmoins, et n’en déplaise à certains, le groupe explore tout ce qu’il peut au lieu de rester dans un carcan prédéfini et j’estime que c’est appréciable tant que ça reste bien fait. Je suis la première à déplorer la tournure électro mais si c’est pour offrir des titres comme Freesia alors que demandez de plus ? Comme tous les autres groupes, MUCC prend des risques avec cet album qui est, certes déroutant, mais qui n’est pas mauvais. La seconde partie de Karma vaut tout à fait le détour et rien que pour ça j’estime que c’est un bon album, éclectique et résolument nouveau.

Article rédigé par Pinky

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